Et les enfants, dans tout ça ?

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Depuis mi-mars, nous vivons une situation de crise sanitaire inédite, qui amène de l’angoisse et de l’incertitude chez les adultes, certes, mais aussi chez les enfants. Même si ceux-ci ne comprennent peut-être pas complètement les enjeux de l’épidémie, ils sont, eux aussi, confrontés à de nombreuses émotions et à un chamboulement de leur quotidien et de leurs repères. Certains de leurs besoins fondamentaux sont entravés, par exemple, les enfants ne bénéficiant pas d’un extérieur manquent de contact avec la nature (Lire “Les bénéfices du jouer dehors”) et ne peuvent pas se défouler autant qu’ils le souhaitent. Le besoin de sociabiliser est, lui aussi, mis en pause. En effet, les enfants ayant l’habitude de jouer avec leurs copains se retrouvent du jour au lendemain privés de cette possibilité.

Plusieurs études (Brazendale et al., Wang et al.) suggèrent que lorsque les enfants ne sont pas scolarisés, comme pendant les week-ends et vacances d’été, ils sont physiquement moins actifs, passent davantage de temps devant les écrans, ont des habitudes de sommeil irrégulières et des régimes alimentaires moins sains, ce qui entraîne une prise de poids et une diminution de leur capacité cardio-respiratoire. Ces effets négatifs sur la santé physique risquent d’être bien pires lorsque les enfants sont confinés chez eux sans activité en plein air et interaction avec leurs amis.

Cette situation amène également des impacts psychologiques non négligeables. Des facteurs de stress tels que la durée prolongée du confinement, les craintes d’infection, la frustration, l’ennui ainsi que le manque d’information, de contact social et d’espace à la maison peuvent avoir des effets négatifs sur les enfants et les adolescents (Brooks et al., 2020).

De plus, les enfants sont énormément impactés par les émotions de leurs proches. Ainsi l’anxiété des parents, des professeurs ou des accueillant(e)s ressentie par les enfants peut avoir un impact sur leurs propres émotions et provoquer du stress chez eux. Les enfants ressentent et perçoivent plus que ce que l’on ne pense, les états émotionnels des adultes. Il est donc important d’expliquer ces émotions et de mettre des mots dessus en présence de l’enfant.

Une étude italienne (Pisano, Galimi & Cerniglia, 2020) a été menée depuis mi-mars afin d’étudier l’impact du confinement sur les enfants de 4 à 10 ans. Les données préliminaires de cette étude suggèrent que pendant le premier mois de quarantaine, l’épidémie a eu un effet important sur les émotions et le comportement des enfants, même si ceux-ci semblent capables de s’adapter aux restrictions liées au confinement. Les résultats montrent qu’un enfant sur quatre (26,48 %) a montré le besoin de proximité physique avec ses parents pendant la nuit et près d’un sur cinq (18,17 %) a manifesté des craintes qu’il n’avait jamais eues auparavant. La moitié des enfants (53,53 %) présentaient une irritabilité accrue, une intolérance aux règles, des exigences excessives, et un sur cinq présentait des changements d’humeur (21,17 %) et des problèmes de sommeil, notamment des difficultés d’endormissement, de l’agitation et des réveils fréquents (19,99 %). Un sur trois (34,26 %) s’est montré nerveux à propos du sujet de la crise lorsqu’il a été mentionné à la maison ou à la télévision. Presque la moitié des enfants ayant participé à l’étude (43,26 %) semblait plus apathique face aux activités qu’ils avaient l’habitude d’exercer avant la crise, notamment jouer, étudier et jouer aux jeux vidéo. Il ressort que près d’un enfant sur six, malgré une adaptation apparente à la situation, manifeste quand même des craintes et une détresse psychologique.

Bien que les données soient préliminaires et que certaines limites puissent être exposées, il est important de ne pas négliger l’impact que peut avoir le confinement sur les enfants. La quarantaine et l’isolement peuvent provoquer énormément de stress et pourtant cet aspect est trop peu abordé.

En effet, nous voyons passer de nombreux articles qui proposent des idées pour gérer et occuper les enfants en attendant la reprise de l’école, comme si l’enfant était réduit à être un écolier ou à être gardé dans les garderies. Pourtant, il paraît plus qu’évident qu’un enfant ne se réduit pas à cela, il est primordial de l’envisager dans sa globalité, avec ses émotions, son vécu, ses craintes, ses envies, sa famille, ses amis, ses hobbies et surtout ses besoins et son épanouissement. N’oublions pas que les enfants ont des droits, bien sûr le droit à l’éducation mais aussi le droit à la santé (physique et mentale !) et aux loisirs. Cette globalité, le secteur de l’accueil de l’enfance, et non de la « garderie » (car on ne garde pas un enfant, on l’accueille) la prend bien en compte.

Au quotidien, les équipes pédagogiques des milieux d’accueil travaillent en mettant au centre l’enfant et son épanouissement global. Les accueils extrascolaires sont un soutien aux parents mais aussi un lieu riche de qualité pour l’enfant. En effet, il y trouve des repères, peut évoluer à son rythme, prendre son temps, créer des liens et être pleinement qui il est.

Selon le Conseil d’avis (Avis 2014/03), « L’accueil des enfants 3-12 ans est un enjeu essentiel en termes de bien-être et d’éducation qui contribue au renforcement de la justice sociale, et cela, avant d’être une nécessité en termes de conciliation des temps pour les parents. Les milieux d’accueil des enfants sont des lieux d’éducation où se jouent des enjeux d’égalité de genre, de cohésion sociale, de mixité, de découverte des différences et d’apprentissage de la citoyenneté. Cet accueil devrait être, non seulement un moment d’épanouissement pour l’enfant (de détente, de jeu, de découverte, etc.), mais aussi constituer un formidable espace éducatif, d’expérimentations, de diversité sociale et d’apprentissage du vivre ensemble. En ce sens, ces lieux d’accueil constituent un important levier de réduction des inégalités entre enfants. Pour toutes ces raisons, la question de l’accessibilité à ces services et structures d’accueil de l’enfance 0-12 ans est fondamentale. » [1]

Accueillir un enfant, cela ne s’improvise pas et encore moins dans une situation telle que celle-ci. Les mesures sanitaires obligatoires et nécessaires telles que le port du masque (à lire sur ce sujet), la distance physique ou les mesures d’hygiène vont inévitablement avoir un impact sur l’accueil de l’enfant. Le confinement peut créer de la détresse mais les changements d’habitudes, de modes de vie et d’accueil peuvent également être source de stress.

Le déconfinement approche, il est donc inévitable de se questionner sur le chamboulement qu’il va opérer sur l’accueil des enfants. Il est primordial de penser, avant toute chose, au bien-être de l’enfant pendant cette transition afin de l’accompagner dans son vécu.

Cette situation s’impose à nous et nous ne pouvons faire autrement qu’essayer de la vivre du mieux que nous le pouvons. Il est important de penser à notre santé physique mais aussi à notre santé mentale ainsi qu’à celles des enfants. Heureusement, les enfants sont résilients et savent s’adapter à de nombreuses situations quand ils ont un soutien de leur entourage et des adultes bienveillants autour d’eux pour les accompagner à grandir…


Laurène Trevisan
Conseillère pédagogique FILE asbl
30 avril 2020