Pourquoi ne sort-on pas plus à l’extérieur ?

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Les bénéfices d’être à l’extérieur, d’être au contact de la nature et de jouer dehors sont multiples et ne sont plus à prouver (Lire « Les bénéfices du jouer dehors »). En effet, de nombreuses études scientifiques montrent les bénéfices du contact avec la nature et du jouer dehors ; tant au niveau de la santé physique des jeunes enfants, que sur leur santé émotionnelle et cognitive. Il paraît donc essentiel et évident d’aller dans ce sens et de reconnecter les enfants avec l’extérieur et le monde naturel.

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Laurène Trevisan – Conseillère pédagogique

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Et pourtant, ce n’est pas si simple ! A l’ère où les études nous prouvent, à de maintes et maintes reprises, les bénéfices « du dehors », un constat affligeant apparaît dès le plus jeune âge : « le trouble déficitaire de la nature » (Louv, 2005).

En effet, accompagner les enfants à grandir au contact de l’extérieur et de la nature ne coule pas forcément de source. En tant que parent, nous n’avons pas toujours envie d’accompagner nos enfants dehors ni qu’ils y jouent seuls ; les apprentissages à l’école ne se font pratiquement qu’à l’intérieur et en milieu d’accueil, il est parfois compliqué de faire un pas vers l’extérieur. Alors, qu’est-ce qui nous en empêche ?

La réponse est qu’il existe toute une série d’obstacles ; certains justifiés, d’autres moins ; certains fonctionnels, d’autres plus profonds et psychologiques, qui empêchent de transformer d’excellentes idées en actions efficaces. Ces barrières peuvent être très difficiles à abattre, notamment parce qu’elles sont ancrées dans notre vie quotidienne (Moss, 2012), comme le souligne Richard Louv :

« Certains de ces obstacles sont culturels ou institutionnels – tendances éducatives qui marginalisent l’expérience directe dans la nature ; d’autres sont structurels – la façon dont les villes sont façonnées. D’autres obstacles sont plus personnels ou familiaux – les contraintes de temps et la peur, par exemple. »

Il est important d’identifier et d’être conscients de ces barrières afin de réussir à les contourner et à avancer, pas par pas, vers un mieux pour les enfants mais aussi pour nous autres, adultes.

D’après Moss (2012), donner aux enfants la liberté d’explorer les environnements naturels comporte inévitablement un élément de danger. Pourtant, nous devrions mettre cela en perspective : chaque année, trois fois plus d’enfants sont emmenés à l’hôpital après être tombés du lit que d’une chute d’arbre (Play England, 2008) ! En effet, de nombreuses statistiques (OMS, WHO et bien d’autres études) prouvent que finalement, la maison est de loin plus dangereuse (empoissonnement avec des produits ménagers, brûlures, chute dans les escaliers, coupures, accidents…) que l’environnement extérieur. Malgré ce constat, nous continuons à supposer que tous les dangers se trouvent en dehors de la maison et qu’en gardant nos enfants à l’intérieur, nous les protégeons. Evidemment, aucun environnement naturel n’est totalement sans risque mais ces risques sont une partie fondamentale de l’enfance : en apprenant progressivement ce qui est sûr et ce qui est dangereux, les enfants développent leur propre « thermostat du risque » en fonction de leurs actions et comportements (Adams, 2003). Grimper à un arbre est un bon exemple : il est peut-être facile d’y grimper, mais l’enfant va se rendre compte qu’il est plus difficile d’en descendre. L’expérience leur a appris une leçon importante sur leurs propres limites et les risques qu’ils sont prêts à prendre. Si les enfants sont toujours protégés d’être dans une situation risquée, comment sauront-ils quelles sont leurs limites de sécurité ? (Moss, 2012).

D’après Tim Gill (2011), nous devrions accepter le risque, l’incertitude et le défi – voire le danger – comme ingrédients essentiels de l’enfance.

La peur est une barrière extrêmement présente dans notre société mais le manque de temps et d’intérêt est également un obstacle.

Dans les milieux d’accueil, les normes de sécurité et d’hygiène et les craintes des familles viennent s’ajouter aux autres barrières : « L’enfant va être sale, il n’a pas les vêtements adéquats, il fait trop froid, il pleut, ça va prendre trop de temps à les préparer à sortir, il n’y a pas assez de personnel,… ».

Et pourtant… En plus des nombreux bénéfices déjà parcourus, sortir du milieu d’accueil fait du bien à tout le monde ! Cela permet d’apaiser le bruit ambiant, de s’aérer, de respirer, d’éveiller les sens des enfants : écouter le chant des oiseaux, le bruit des feuilles mortes, sentir l’odeur de l’herbe, regarder la couleur des fleurs, du ciel, toucher de la terre, du sable… Tant d’expériences enrichissantes et apaisantes !

Dès lors, comment dépasser ces barrières et, pas à pas, mettre le bout de son nez dehors ?

Voici quelques pistes de réflexion…

  • Si au premier abord il semble trop compliqué d’aller vers la nature, un premier pas pourrait être d’amener la nature à vous, en amenant des éléments naturels à l’intérieur : voir l’article « Amener la nature à l’intérieur ».

  • Anticipez les sorties : prévoir un temps consacré à celles-ci, demandez aux parents d’apporter des vêtements adéquats en fonction du temps.

    « Il n’y a pas de mauvais temps mais que des mauvais vêtements »

  • Pour faciliter l’organisation, plusieurs idées peuvent être mises en place comme la création d’une caisse à bottes dans la structure ou d’un porte manteau à K-ways.

  • Intégrer la notion du dehors et du droit de se salir dans le projet d’accueil afin de pouvoir en discuter avec les parents.

 

  • Discutez du jouer dehors en réunion d’équipe : qui se sent à l’aise avec l’extérieur ? Que pourrait-on mettre en place pour que tout le monde le soit ? Qu’est ce qui est faisable avec l’environnement du milieu d’accueil ?
           >   Identifier les freins mais aussi les envies de l’équipe.
  •  Réfléchissez à la sécurité des enfants : il faut pouvoir se sentir à l’aise à l’idée d’aller dehors et que les enfants puissent prendre certains risques (voir plus haut la notion de « thermostat du risque »).
  • Aménagez l’espace extérieur du milieu d’accueil en pensant aux enfants mais aussi aux adultes. Quel serait l’espace extérieur parfait pour notre milieu d’accueil ? Osez rêver ! Pour atteindre cet idéal, que peut-on faire ? Pensez aux objets de récupération pour réduire les coûts, aux objets naturels pour délimiter les espaces et n’hésitez pas à y amener encore plus de nature !

  • Formez les professionnels à cette thématique (lectures, formations, voyage d’étude …) afin de mettre en avant les bénéfices de la nature et de voir ces sorties comme des moments de découverte et d’épanouissement pour les enfants.

Voir de la nature, sentir et respirer l’air frais, jouer dehors… est un bonheur inestimé alors cultivez le !

Références :


 

  • Adams, J. (2003), ‘Risk and morality: three framing devices’, in Ericson, R.V. and Doyle, A. (eds.) Risk and Morality. University of Toronto Press.
  • Gill, T. (2011). The end of zero risk in childhood ? Guardian 3 July 2011.
  • Louv, R. (2005) Last Child in the Woods.
  • Moss, S. (2012). Natural Childhood. National Trust Report. Accessed 16 February 2015.
  • OMS (2008)Résumé du Rapport mondial sur la prévention des traumatismes chez l’enfant.
  • Play England (2008), quoted in the Observer 3 August 2008.
  • WHO, World Report on Child Injury Prevention, WHO, 2008, 211 p. (ISBN 978-92- 4-156357-4)