Interview de deux animateurs extrascolaires

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“Le travail d’animateur extrascolaire et l’accueil des enfants et des familles pendant cette crise sanitaire”

 

Francis Minjau et Matthieu Voet, animateurs extrascolaires, ont répondu à nos questions autour du travail d’animateur extrascolaire et de l’accueil des enfants et des familles pendant cette crise sanitaire. Ils travaillent tous deux à l’ISBW pour les écoles de Baisy-Thy (commune de Genappe) et ont eu l’occasion de visionner les capsules vidéos réalisées par la FILE sur cette thématique (voir les capsules)

Contact à la FILE

Laurène Trevisan – Conseillère pédagogique

contact(at)fileasbl.be – +32 10 22 52 02

Faisons un peu plus connaissance avec eux…

Matthieu (M) : On travaille au même endroit, Francis est mon collègue direct, on se voit tous les jours. Je suis responsable des enfants de deuxième et troisième primaire pour l’accueil extrascolaire. Nous sommes avec eux l’après-midi à partir de 15h30 jusqu’à 18h/19h. Je travaille là depuis plus de deux ans.

Francis (F) : Moi, j’accueille le groupe des grands, les enfants de 9 à 12 ans et cela fait 7 ans que je travaille à l’ISBW.

Vous avez eu l’occasion de visionner les trois capsules vidéos réalisées par la FILE ; dans quel cadre cela s’est-il réalisé ?

Matthieu (M) : On travaille au même endroit, Francis est mon collègue direct, on se voit tous les jours. Je suis responsable des enfants de deuxième et troisième primaire pour l’accueil extrascolaire. Nous sommes avec eux l’après-midi à partir de 15h30 jusqu’à 18h/19h. Je travaille là depuis plus de deux ans.

Francis (F) : Moi, j’accueille le groupe des grands, les enfants de 9 à 12 ans et cela fait 7 ans que je travaille à l’ISBW.

M : On nous avait envoyé un mail, nous conseillant ces vidéos ; je ne sais plus trop de quelle manière était tourné le mail mais en tout cas, on avait compris que c’était des vidéos très intéressantes pour nous et pour la valorisation de notre boulot et on les a vues suite à ça.

F : Nous étions tous seuls à domicile pour les visionner et on en a discuté de manière informelle quand on s’est retrouvé au boulot.

Qu’avez-vous pensé globalement de ces trois capsules ?

F : Pour ma part, j’étais mitigé. Ça m’a fait du bien d’entendre tout ça car je sors d’un moment avec le covid qui a été très compliqué pour moi. Mais je ne suis pas sûr à 100% que les vidéos aient touché le bon public. Pour nous, ça a fait du bien de l’entendre mais ça n’a rien changé au point de vue de l’extérieur, c’est à dire les parents et tous les acteurs qui auraient besoin d’entendre le travail que nous faisons.

M : Je trouvais les capsules très intéressantes, sentir qu’on est quand même soutenus et qu’on essaie de faire avancer la profession, de reconnaitre notre métier à sa juste valeur et comme vous le dites très bien dans les capsules, qui est un métier essentiel. On n’a pas toujours l’impression que c’est le cas, ce n’est pas toujours le ressenti qu’on a avec les parents. Il y a encore du travail à faire à ce niveau-là et donc c’est plutôt pas mal d’entendre qu’on est quand même soutenu en tant que professionnel.

Qu’est-ce que la crise sanitaire a eu comme impact sur votre métier d’animateur extrascolaire ?

F : Pour ma part, le covid a énormément changé les choses, ça a vraiment été compliqué. L’enfant était au centre de notre travail et maintenant, toutes les petites choses qui étaient à côté sont devenues les priorités. J’ai beaucoup de mal avec ça. On passe plus de temps à faire de “l’administratif” qu’à s’occuper réellement des enfants, d’être en activité avec eux. De plus, j’aime les grands groupes d’enfants, les groupes vivants et ici, on a beaucoup moins d’enfants qu’auparavant. L’année passée, on accueillait 60 enfants le mercredi après-midi, maintenant c’est maximum 25 enfants à 14h et ils partent relativement vite.

J’adore créer, vendre du rêve mais étant donné que nous avons moins d’enfants, il est quasi impossible d’organiser des grands jeux, on fait plus de bricolages par exemple mais tout cela amène de la déception, de la frustration…

M : Pour moi, ça n’a pas été spécialement si dur que ça, comparé à pas mal de mes collègues. La période covid n’est pas facile car on a notre masque toute la journée mais finalement comme il y a moins d’enfants, les enfants sont plus calmes. Je n’ai donc pas trop mal vécu la chose, je préférais tout de même avant évidemment mais je ne suis pas épuisé psychologiquement. On a moins d’enfants à l’accueil mais c’est vrai qu’on est moins présent pour les enfants car on doit s’occuper des parents qui viennent rechercher leurs enfants. Il est plus difficile d’organiser des grandes activités et des grands jeux car on doit accueillir les parents, on ne sait jamais quand un parent va arriver, on ne sait plus se focaliser sur une grande activité et consacrer autant de temps de suite à un enfant.

Vous avez dû vous adapter à cette situation, qu’est-ce qui a pu être mis en place ? Quel est le plus difficile à gérer pour vous ? 

M : Au début, nous avons fait un peu de télétravail où nous préparions les activités pour les plaines…

F : C’était difficile de préparer des activités sans savoir sur quel lieu on va être, on n’est jamais à l’abri aussi des absences des collègues dues au covid, parfois on change de groupes deux jours avant les plaines ou même parfois pendant les plaines, on doit donc beaucoup s’adapter.

M : Ce qui est le plus difficile à gérer, ce sont les absences des collègues. En moyenne, il y a toujours deux collègues absents. Le boulot est plus difficile car on a une charge en plus.

F : Les absences pèsent vite. Dès qu’il y a un absent, on doit réunir les groupes ou non… et c’est difficile de gérer les bulles.

Le type d’activité a donc changé dû au nombre d’enfants accueillis, est-ce que le fait d’avoir de plus petits groupes a d’autres impacts sur l’accueil des enfants ?

M : Il y a plus d’enfants isolés par tranche d’âge, par exemple, le mercredi après-midi, on aura peut-être que deux enfants de sixième, et du coup ces enfants auront peut-être plus de mal à faire une activité qui leur plait car on va devoir s’adapter aussi aux plus jeunes. Il y aura moins d’activité « spécial grand » et c’est donc un peu plus dur pour eux.

Sinon l’ambiance est plus calme, il y a moins de disputes entre enfants. J’ai l’impression que les enfants comprennent que la situation est difficile, de ce fait là, eux-mêmes sont plus calmes ou alors c’est dû au fait que la situation est anxiogène et qu’ils sont un peu stressés, c’est un peu difficile à dire… En tous cas, ils semblent plutôt sereins et zens face à la situation mais c’est peut-être une façade. Les petits ne posent pas trop de questions, cela se passe plutôt bien !

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F : Dans mon groupe des enfants de 9-12 ans, l’ambiance est fort anxiogène, ils comprennent très bien la situation, certains n’en peuvent plus, ils ne veulent plus en entendre parler, d’autres ont besoin de câlins et d’attention. Il est difficile de garder la distance dans ces cas-là et en plus avec les masques, c’est difficile de pouvoir leur offrir ce dont ils ont besoin.
Tous les jours, je suis obligé de prendre un temps avec eux, que ce soit individuel ou en groupe pour expliquer la situation du covid, la distance nécessaire…
Ça prend de l’énergie car c’est redondant tous les jours les mêmes questions, ils ont bien compris mais ils ont besoin de pousser la limite et d’être réassurés.
De plus, pour le 6ème, c’est leur dernière année, au niveau de la relation, elle est un peu détériorée à cause de cela… Le groupe est génial mais ils ont besoin d’avoir un contact proche avec leurs animateurs qu’ils ne peuvent pas avoir en ce moment.

Est-ce que votre lien avec les enfants en est impacté ?

M : Ça va encore, le plus dur, c’est effectivement le port du masque et la distance à garder quand ils ont besoin de contact.

F : Le lien avec eux existe, on a de la chance d’avoir un excellent lien avec eux, ils nous apprécient énormément, on le voit bien, l’enfant va toujours vers son animateur référent et ils sont déçus quand il y a des changements ou des absences.

M : On connaissait les enfants d’avant aussi donc le lien était déjà là.

F : Pour les nouveaux enfants accueillis, c’est l’avantage de la collectivité, avant même qu’ils n’arrivent à l’accueil, les autres enfants les ont déjà briefés et leur ont déjà expliqué l’accueil…

M : C’est peut-être plus compliqué pour les enfants plus timides.

Est-ce difficile d’accueillir avec bienveillance et en se centrant sur l’enfant en ce moment ?

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F : On a dû se réadapter. Pour moi, la bienveillance cette année, c’est l’écoute de leurs besoins et de leurs envies. On essaie de travailler un maximum de projets qui leur font du bien. Par exemple, on a créé un livre d’or où ils peuvent s’écrire des mots gentils tout le temps et on en a fait un aussi niveau animateur. Après deux semaines d’utilisation, les enfants ont dit que cela leur faisait vraiment du bien d’avoir des mots gentils, donc on se réadapte au maximum à la situation.

M : Le mercredi, on fait plus de balades, de sorties à l’extérieur pour sortir du cadre scolaire et ça leur fait du bien à eux, mais aussi à nous, d’être dehors.

F : On fait beaucoup plus de jeux par petits groupes dans lesquels on oublie tout ! On a acheté des jeux où on n’est pas spécialement obligé de parler, où il y a du bluff etc… Des petits jeux qui nous font oublier tout ce qu’il se passe à l’extérieur, où on est vraiment dans le jeu, ça nous donne une bulle d’oxygène et on rigole un peu.
Sur un autre lieu, il y a la boîte à mots doux qui a été mise en place. Il s’agit de mouchoirs où sur chacun un mot doux est écrit de manière aléatoire par tous les enfants. Quand un enfant ne se sent pas bien, il vient prendre un mouchoir et il a un petit mot qui lui met du baume au cœur.

M : On doit s’adapter sans cesse. Par exemple, d’habitude pour les plaines, on prend notre vélo et on va au bowling ou en fin de plaine, il y a des fêtes où chaque groupe prépare un truc à manger avec une boisson sympa et maintenant c’est un peu perdu car on ne peut plus et cela manque aux enfants.

F : Un moment convivial qui me manque énormément, pendant l’année et les plaines, c’est le goûter. On ne peut plus faire de goûter, ils ramènent leur goûter de la maison et ils ne mangent plus tous la même chose, on n’est plus assis à table pur profiter et discuter de la fin de la journée. C’était un moment dans lequel on pouvait vraiment prendre le temps pour être avec eux, discuter et avoir leurs émotions de la journée… On a perdu de la convivialité, qu’on récupère autrement, mais le goûter manque énormément…

Est-ce qu’il y a tout de même du positif à retirer de cette période ?

M : Le lien avec les parents. De manière générale, ils sont assez compréhensifs par rapport à la situation, même s’il y a des exceptions. On a plus de contact avec eux qu’auparavant et en plus on est obligé de passer par eux pour aller chercher leurs enfants, et c’est quelque chose de positif.

On fait aussi plus d’individuel qu’auparavant avec les enfants, car après une certaine heure, ils sont beaucoup moins nombreux.

F : L’individualité oui, on fait beaucoup plus de « psychologique » maintenant qu’avant, on peut même rentrer en contact « psychologique » avec des jeux de société, c’est un point positif.

Donc en fait, il y a plus de communication avec les parents, qu’elle soit vécue comme positive ou négative ! Comment garder le lien avec les familles ? Comment gérez-vous ces transitions ?

F : Oui, sur chaque lieu, il y a toujours des exceptions, c’est triste à dire mais c’est beaucoup plus facile de tirer le négatif que de voir le positif dans cette période. Si on a trois parents qui font du zèle, c’est ces trois parents là qu’on va garder en tête alors que ce n’est pas eux qui nous valorisent le plus. Certains parents peuvent être désagréables et d’autres, souvent ceux dont les enfants restent le plus tard, nous félicitent, disent qu’ils ont de la chance qu’on soit là et leurs enfants ne veulent pas forcément partir non plus… Tout ça c’est valorisant vis-à-vis de nous.

Certains animateurs ont tout de même perdu le lien avec les parents car pendant cette période, un animateur est davantage chargé du contact avec les parents donc, si j’ai envie de parler à un parent, je dois demander qu’on me prévienne quand il est là. La communication avec eux est importante, c’est une thématique sur laquelle j’ai beaucoup travaillée même avant le covid, je ne voulais pas que le parent demande ce que l’enfant avait fait à l’accueil mais plutôt ce qu’il avait vécu à l’accueil. Cela fonctionnait bien mais cette année, c’est plus compliqué de mettre cela en place.

M : Je trouve qu’il y a plus de bienveillance de la part des parents de manière générale.
Au début, il y avait plus de revendications et de remarques le temps qu’ils comprennent et qu’ils s’adaptent à la situation, après avoir expliqué bien les choses, la plupart ont compris même s’il y a toujours quelques réticents.

Au début, les premières semaines c’était plus difficile, il fallait expliquer aux parents qui étaient un peu inquiets et qui ne comprenaient pas l’organisation, pourquoi ils ne pouvaient plus entrer dans l’école, pourquoi il fallait parfois attendre 10 minutes avant que leur enfant arrive. Parfois l’enfant doit remettre ses baskets car il est dans un coin doux en train de lire ou il doit reprendre ses affaires… Avant les parents rentraient dans l’école et c’était eux qui disaient à leurs enfants « on se dépêche !», nous, on ne les pousse pas à se dépêcher, on ne veut pas les stresser, c’est un temps à eux, ils n’ont pas à subir le stress des parents.

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F : Je rejoins ce que dit M., les enfants sont souvent surstimulés, il n’y en a aucun qui n’a pas d’activité juste après l’école donc les parents sont déjà stressés de leur journée de boulot ensuite il y a le foot, ensuite il y a la danse, le théâtre, le dessin et ainsi de suite… Ils sont surstimulés, il n’y a pas à un jour où ils ne font rien. Donc quand les enfants sont dans un jeu de société, en train de jouer au basket, au coin doux et que les parents sont tellement stressés par le temps pour les emmener à leurs activités, cela nous retombe dessus après. Maintenant, on a quand même travaillé là-dessus, on a fait une lettre à tous les parents, j’ai l’impression qu’ils ont compris, qu’ils ont entendu qu’on était là pour leurs enfants et qu’on voulait faire un travail coopératif avec eux, qu’on était ensemble et pas l’un contre l’autre.

Pensez-vous mettre des choses en place pour travailler ce lien avec les enfants et leur famille à l’avenir ?

M : Ça pourrait être bien mais l’énergie de l’équipe est quand même fort fébrile pour le moment. On n’a pas toujours l’énergie et les forces pour créer de nouvelles choses. Maintenant qu’on s’est adaptés, qu’on survit et qu’on arrive à gérer un minimum la situation, on n’a pas toujours l’envie de créer de grands projets ou de nouvelles choses.

F : Oui… Depuis septembre, tout le monde se plaint, on était tous pas bien… J’ai eu la chance d’aller en plaine et d’avoir découvert une bulle d’oxygène là-bas et d’être revenu en force et pour d’autres collègues malheureusement ça n’a pas été le cas.

Nous sommes un peu tous, hors métier de chacun, dans la survie en ce moment mais alors quand on a un métier de contact, comme le vôtre avec des enfants, c’est encore plus éprouvant émotionnellement et plus fatiguant, c’est légitime d’entendre qu’il y a une fatigue accumulée par le fait de devoir s’adapter à la situation et aux enfants et à l’absence des collègues, il y a quand même plus de charge sur vos épaules et un épuisement collectif..

D’après vous, est-ce que les parents ont leur place dans l’accueil extrascolaire ? Faudrait-il davantage les intégrer, installer une collaboration ?

M : Ça pourrait être top mais il faut aussi avoir les moyens pour ça. Parfois, on commence l’accueil et on est seul avec 40 enfants. C’est bien gentil de vouloir accueillir les parents et de les intégrer plus mais il faut aussi savoir faire son boulot auprès des enfants. Si c’est possible, qu’il n’y a pas de collègue absent etc. alors oui d’office ce serait intéressant mais il faut avoir les capacités pour le faire.

F : Il faut les intégrer d’une manière ou d’une autre, dans un projet… C’est super enrichissant pour tout le monde.

M : Aussi pour qu’ils se rendent compte de notre métier, de ce qu’on fait…

F : C’est pour ça que les capsules vidéos devraient être visionnées par tous ces acteurs : parents, politique… Ca me révolte car dans les médias, on entend que les instituteurs sont fatigués mais les animateurs peuvent pousser encore plus derrière. Ce n’est pas le même boulot mais ça me rend dingue car je ne vois pas en quoi eux ont plus difficile que nous dans l’histoire. Nous, on est là avant et après eux, on réceptionne les parents, parfois pas toujours compréhensifs, on doit donner les infos de la journée… Pourquoi ont-ils droit à des jours de congés supplémentaires alors que nous, nous sommes toujours sur le front, toujours devant et qu’on s’en fout un peu de nous ? J’adore ce que je fais, c’est plus qu’une passion pour moi mais il y a vraiment de l’incompréhension…

Il y a effectivement un manque crucial de valorisation et de reconnaissance de votre métier et de votre secteur. Qu’est ce qui pourrait vous aider en tant qu’animateur extrascolaire, vous soutenir à accueillir avec bienveillance les enfants et les familles et à vous apporter cette reconnaissance ?

F : Le retour à la normale !
M : Plus de collègues ?

F : Au niveau de la coordination, c’est qu’ils soient derrière nous et qu’ils nous soutiennent. Le soutien de la hiérarchie, c’est motivant mais malheureusement ça ne fait pas tout. Ça nous rebooste 10 minutes et puis si on a un gros problème derrière, ça ne suffit pas. On a vécu dernièrement des jeudis et vendredis, où on était en sous-effectif et bizarrement c’est toujours ces jours-là où tous les problèmes s’accumulent : des enfants qui ne sont pas bien mais qu’on ne sait pas prendre en individuel car nous sommes trop peu nombreux.

On a de la chance d’avoir beaucoup de soutien, on sait qu’on ne nous reprochera jamais dans cette période les moments plus compliqués et on fait le maximum ! Maintenant, nous aimerions pouvoir bien faire notre travail et même si nous sommes soutenus, la frustration est là. Cela m’arrive de partir du boulot avec un sentiment de choses inaccomplies.

M : Un meilleur salaire, ce serait déjà bien ! Vu le boulot que l’on réalise… Il y a plein de milieux qui ont reçu des primes, nous sommes un milieu dit essentiel et on n’a rien ! On a 50% de charge de travail en plus mais on n’a rien pour compenser ça !

F : Même au premier confinement, nous n’avons jamais fermé car il fallait un accueil. Il y avait moins d’enfants donc parfois nous étions en dispense de travail mais toujours rappelables et on travaillait sur de futures activités et futurs projets.

On ne le répétera jamais assez, vous êtes un métier et un secteur essentiel, vous n’avez jamais fermé, il y a un manque crucial de reconnaissance et de valorisation du secteur !
Par quoi est-ce que cela pourrait passer cette reconnaissance et valorisation du métier d’animateur extrascolaire ?

M : Via la visibilité de notre travail, via les médias, que les gens soient plus au courant du travail qu’on fait. Pour les parents, on est juste des surveillants parfois.

F : Le mot « garderie » pose toujours problème ! Ça a évolué, nous ne sommes plus du tout là-dedans, on ne garde plus les enfants ! On est en activité !

M : Même avec les instituteurs et professeurs, on a l’impression d’être inférieur à eux par moment alors que c’est juste que notre métier est différent. Dans les faits et avec les parents, on ne se sent pas aussi bien reconnu qu’un instituteur va l’être. C’est dommage.

F : Au niveau des médias, ce sont toujours les écoles et les instituteurs qui sont mis en avant et on ne pense pas à ce qu’il se passe avant et après pour l’enfant. Même au niveau des activités extrascolaires, on entend parler de la musique, des scouts mais jamais à proprement dit de l’accueil extrascolaire ! Alors que nous sommes formés et qu’on est peut-être même parfois plus formé au niveau psychologique de l’enfant et pourtant, c’est comme si on n’existait pas tout simplement.
Du coup, les capsules vidéos ont été géniales pour nous sentir valorisés mais en fait il faudrait viser d’autres personnes. Le politique, les parents ou même le monde en soi devrait s’intéresser à ce qu’on fait et à tout le travail réalisé.

Le mot de la fin…


Un grand merci à Matthieu et Francis pour ce beau moment d’échanges ! Tout au long de notre discussion, ils n’ont cessé de mettre en avant à quel point ce métier était cher à leurs yeux malgré les difficultés rencontrées pendant cette crise sanitaire. Leur témoignage reflète la réalité de leur terrain, c’est-à-dire un accueil de type AES2 via l’ISBW, un pouvoir organisateur bienveillant et soutenant.
Ces témoignages renforcent encore un peu plus les convictions, valeurs et combats que nous menons à la FILE : accueillir avec bienveillance et en se centrant sur l’enfant en l’envisageant dans sa globalité, avec ses émotions, son vécu, ses craintes, ses envies, sa famille, ses amis, ses hobbies et surtout ses besoins et son épanouissement. Au quotidien, les équipes pédagogiques des milieux d’accueil travaillent en mettant au centre l’enfant et son épanouissement global. Les accueils extrascolaires sont un soutien aux parents mais aussi un lieu riche de qualité pour l’enfant. En effet, il y trouve des repères, peut évoluer à son rythme, prendre son temps, créer des liens et être pleinement qui il est.

En effet, les milieux d’accueil de l’enfance constituent un outil indispensable d’une véritable politique d’égalité des droits entre tous les enfants et de conciliation des temps de vie. L’accueil de l’enfance répond à trois fonctions essentielles :
– éducative (lieux d’éducation et d’apprentissages),
– sociale (socialisation, réduction des inégalités, lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale) – et économique (accès et/ou maintien sur le marché du travail pour les parents).

Ce secteur, déjà au départ largement sous-financé, est encore davantage mis à mal dans cette période de crise. L’ATL souffre d’un manque criant de reconnaissance dans la sphère publique et politique et est malheureusement largement méconnu. Il semble être considéré comme un secteur « parascolaire », englué dans les matières de l’école, comme une « garderie ». Cela ne correspond pourtant pas à la réalité des opérateurs et des enfants qu’ils accueillent.

Enfin, nous souhaitions mettre l’accent sur l’importance du lien avec les familles. Celui-ci est parfois mis à mal et difficile à entretenir mais nous sommes convaincus de la nécessité d’établir un partenariat, une collaboration avec les familles des enfants pour le bien-être de ceux-ci. C’est pourquoi nous organisons le 15 septembre prochain un colloque sur le thème « Ouvrir la porte aux parents : une évidence et un défi ! ». Quelle ouverture et accessibilité pour les parents en crèche, accueil extrascolaire, EDD, centre de vacances ? Peut-on parler de co-éducation ? Si oui, comment la mettre en place ? Comment reconnaître et valoriser la diversité des parents, des familles ? Comment arriver à assurer une continuité pour les enfants ? Les parents peuvent-ils participer à la construction du projet d’accueil ? Nous vous invitons à se questionner sur cette thématique avec, entre autres, l’expertise de Michel Vandenbroeck, professeur à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation (Universiteit Gent) et Monique Meyfroet, psychologue bien connue de notre secteur. Plus d’informations

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